Mon fils …Vivre dans ce monde et en voir la beauté n’est pas si compliqué pour toi

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Image crédit : Pixabay

Mon fils …

Vivre dans ce monde et en voir la beauté n’est pas si compliqué pour toi, ici en Polynésie. Nous avons cette chance d’avoir sous le nez, où qu’on aille, une très belle nature, avec vue sur la montagne et l’océan en permanence. La couleur de l’océan ou du lagon, ce n’est pas juste un spectacle merveilleux. Non, il y a quelque chose de guérissant dans ces bleus-là, je trouve. Quelque chose qui nous attache à cette Terre, qui nous relie à elle, profondément. Et toi, tu aimes tellement cet océan ! Tu y es comme un petit dauphin. Comme tous les enfants d’ici.

Par contre, vivre dans ce monde et te sentir en communion avec tes semblables peut être plus difficile.

Il y a des jours avec … tu te sens libre comme l’air, prêt à goûter chaque moment avec délice, bondissant vers tes copains l’oeil rieur, le sourire aux lèvres, d’humeur ensuite à partager ton bonheur avec ta mère ou ton père. Ces moments-là se vivent plutôt pendant les vacances.

Et puis, il y a les jours sans … tu es d’humeur chaffouine, c’est une looongue – trop longue – journée de travail qui s’annonce et avant même d’y être, tu te sens déjà prisonnier d’une table et d’une chaise, d’une maîtresse qui impose un rythme semblable, aux uns et aux autres. Ton nez qui t’avait laissé tranquille pendant les vacances, se rappelle à ton bon souvenir à chaque rentrée. Il témoigne de ta frustration et de tes larmes rentrées, ce nez allergique. Bien sur, ça, c’est quand il y a école.

Tu ne te sens pas entendu dans ton peu d’engouement pour cette école. Ni par tes parents (« Non, chouchou, s’il-te-plait, ne me fais pas cette tête-là, pas maintenant, c’est l’heure, tu comprends ! » Car à l’école, tu dois aller, à l’école tu iras donc.), ni par ton enseignante (moi aussi je suis fatiguée, et pourtant je suis là – sous entendu, prête à travailler).

A moi, ta mère, qui essaie de dédramatiser, tu dis : « Tu ne peux pas comprendre, tu n’es pas à ma place, tu es à la tienne. » Et paf. Eh oui, même si je comprends ton peu d’envie de travailler sans relâche pendant ces trois journées de la semaine  (qu’on appelle les grandes journées ici) qui te paraissent interminables, et oh combien peu joyeuses, je ne suis pas à ta place. C’est toi qui les vit ces journées là, mon fils.

Alors, oui, par moments, je m’interroge sur la manière dont tu vas évoluer, grandir – tenir -dans ce système. Toi qui, depuis la première classe de maternelle déjà, résiste à ce système, dans lequel tu t’ennuies, où tu me dis que tu n’apprends rien de bien intéressant. Toi qui, depuis lors déjà, résiste à l’adulte dans ce système, un adulte doté d’une oreille fermée à double tour quant tu souhaiterais partager ton envie d’autre chose et donc ton manque d’enthousiasme, ta frustration, ta fatigue.

C’est bien d’être félicité, entendu, quand tu as été bon élève, studieux – parce que tu te sentais bien – et que tu as une bonne réponse à donner, c’est gratifiant. Mais ce serait tellement bien aussi que tu sois écouté – et entendu – quand ça ne va pas. Ca te ferait tellement de bien à l’âme. Ca te permettrait de grandir en te sentant réellement respecté.

Mais, non. Au lieu de cela, il te faut suivre la cadence car on n’a pas le temps – pas le temps d’être à l’écoute de l’humain, déjà – au moment où il y a un besoin.

Moi, j’avance sur des oeufs parce que je ne sais pas toujours quoi te dire pour que tu réussisses à vivre le moins d’inconfort possible. Difficile de te dire : « Lâche prise chéri, cesse de résister à la Vie et tu verras comment ça ira mieux ! ». Parce que tu es encore un enfant. Et que je sais pertinemment que le propre d’un enfant, c’est d’apprendre par le jeu, l’observation, l’expérience, le mimétisme et pas de rester assis, là sur une chaise, à ingurgiter des connaissances sans jamais avoir eu l’envie préalable de s’y intéresser. Quand a-t-on essayé de savoir ce qui t’intéressait toi, mon fils ? Pourtant, Dieu sait qu’il y en a des choses qui t’intéressent ! Louis XIV, Bonaparte, la révolution industrielle … la première guerre mondiale (Oh My God !!), du haut de tes presque onze ans … et vu d’ici, à 18 000 kms … pour le moment, ça te passe largement au-dessus ! Moi, j’ai toujours adoré l’histoire mais toi, non. Toi ce que tu veux savoir, c’est comment on fait des bulles, et pourquoi elles sont toutes pleines de couleurs les bulles, et pourquoi on ne peut pas enfoncer sa main dans un bol plein de maïzena et d’eau (ça résiste) alors qu’un doigt oui, on peut … Et pourquoi la colle, ça colle, c’est fait avec quoi la colle, est-ce que je pourrais en fabriquer, tu crois ? Etc, etc. Une de tes émissions préférées : on n’est pas que des cobayes. Là, tu apprends. Tu es scotché, rivé !

Ce matin, tu en pleurais encore de ton « pas envie d’aller à l’école ». Parce que tu étais fatigué hier et que ta maîtresse ne t’a pas accueilli dans ce que tu as voulu lui partager à ce sujet. Moi non plus d’ailleurs, aujourd’hui, elle ne m’a pas accueillie quand j’ai voulu lui expliquer à mon tour. Elle s’est immédiatement fermée et m’a évacuée vite fait. Mais comment faire quand il faut mener à bien tant de choses en même temps pour toute cette petite troupe qu’est une classe. J’ai été enseignante, je connais l’inconfort que cela représente de ce côté-là aussi.

L’humain au coeur du système … ça pourrait p’têt bien commencer à l’école, non ? J’émets un voeu hyper puissant à ce sujet en cette période de pleine lune.

Heureusement qu’il y a de plus en plus d’enseignants qui s’interrogent et commencent à faire de la résistance eux aussi ! Mais ça change trop peu et trop lentement pour une maman qui se dit : « Wouahou, il n’est qu’en CM2, c’est pas fini … »

Bon … voilà ce que m’évoque le petit court-métrage « My son » vu sur un autre site, là, dans le moment … du haut de tes presque onze ans, mon fils. Et parce que ce matin, tu n’étais pas en forme.

Mais il me rappelle aussi tout ce que j’avais en tête et dans le coeur quand j’étais enceinte de toi … des rêves à l’infini … c’est toujours là aujourd’hui et j’oeuvre tous les jours, dans tout ce que je suis, dans tout ce que je t’apprends, pour que l’amour, le respect, de soi et des autres, la bienveillance, la confiance, la joie, l’émerveillement continuent d’exister en toi. Pour que tu grandisses dans ce monde en mutation en gardant ta Lumière. Parce qu’elle est essentielle à ce monde de demain que nous sommes toujours plus nombreux à construire.

Je vous laisse regarder ce très beau court métrage.
Michèle
Que la Lumière soit
Au Coeur de Soi

Source : /www.au-coeur-de-soi.net/

Gabriel Tellier

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