Bernard Werber : " Ne t'attaque pas au système, démode-le ! "

Bernard Werber :  » Ne t’attaque pas au système, démode-le ! « 


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Bernard Werber :  » Ne t’attaque pas au système, démode-le ! « 

Il est question d’un court ouvrage de Bernard Werber, auteur contemporain essentiellement connu pour sa « trilogie des Fourmis », et globalement pour toute son oeuvre mélangeant assez habilement philosophie, spiritualité, science-fiction, dans des ouvrages assez faciles d’accès.

L’ouvrage en question est « Le Livre du Voyage », un livre très court qui a la particularité de s’adresser directement au lecteur, en employant le tutoiement qui est très juste dans ce cas-là.

« Il est cubique, titanesque, froid.
Il est doté de chenilles qui écrasent tout.
C’est le système social dans lequel tu es inséré.
Sur ses tours tu reconnais plusieurs têtes. Il y a celles
de tes professeurs,
de tes chefs hiérarchiques,
des policiers,
des militaires,
des prêtres,
des politiciens,
des fonctionnaires,
des médecins,
qui sont censés toujours te dire si tu as agi bien ou mal.
Et le comportement que tu dois adopter pour rester dans le troupeau.
C’est le Système.
Contre lui ton épée ne peut rien.
Quand tu le frappes, le Système te bombarde de feuilles :
carnets de notes,
P.V.,
formulaires de Sécurité sociale à compléter si tu veux être remboursé,
feuilles d’impôts majorés pour cause de retard de paiement,
formulaires de licenciement,
déclarations de fin de droit au chômage,
quittances de loyer, charges locatives, électricité, téléphone, eau, impôts locaux, impôts fonciers, redevance, avis de saisie d’huissier, menace de fichage à la Banque de France, convocations pour éclaircir ta situation familiale, réclamations de fiche d’état civil datée de moins de deux mois…
Le Système est trop grand, trop lourd, trop ancien, trop complexe.
Derrière lui, tous les assujettis au Système avancent, enchaînés.
Ils remplissent hâtivement au stylo des formulaires.
Certains sont affolés car la date limite est dépassée.
D’autres paniquent car il leur manque un papier officiel.
Certains essaient, quand c’est trop inconfortable, de se dégager un peu le cou.
Le Système approche.
Il tend vers toi un collier de fer qui va te relier à la chaîne de tous ceux qui sont déjà ses prisonniers.
Il avance en sachant que tout va se passer automatiquement et que tu n’as aucun choix ni aucun moyen de l’éviter.
Tu me demandes que faire.
Je te réponds que, contre le Système, il faut faire la révolution.
La quoi ?
LA RÉVOLUTION.


Tu noues alors un turban rouge sur ton front, tu saisis le premier drapeau qui traîne et tu le brandis en criant :
« Mort au Système. »
Je crains que tu ne te trompes.
En agissant ainsi, non seulement tu n’as aucune chance de gagner, mais tu renforces le Système.
Regarde, il vient de resserrer les colliers d’un cran en prétextant que c’est pour se défendre contre « ta » révolution.
Les enchaînés ne te remercient pas.
Avant, ils avaient encore un petit espoir d’élargir le métal en le tordant.
À cause de toi, c’est encore plus difficile.
Désormais, tu as non seulement le Système contre toi, mais tous les enchaînés.
Et ce drapeau que tu brandis, est-il vraiment le « tien » ?
Désolé, j’aurais dû t’avertir.
Le Système se nourrit de l’énergie de ses adversaires.
Parfois il fabrique leurs drapeaux, puis les leur tend.
Tu t’es fait piéger !
Ne t’inquiète pas : tu n’es pas le premier.
Alors, que faire, se soumettre?
Non.
Tu es ici pour apprendre à vaincre et non pour te résigner.
Contre le Système il va donc te falloir inventer une autre forme de révolution.
Je te propose de mettre entre parenthèses une lettre.
Au lieu de faire la révolution des autres, fais ta (r)évolution personnelle.
Plutôt que de vouloir que les autres soient parfaits, évolue toi-même.
Cherche, explore, invente.
Les inventeurs, voilà les vrais rebelles !
Ton cerveau est le seul territoire à conquérir.
Pose ton épée.
Renonce à tout esprit de violence, de vengeance ou d’envie.
Au lieu de détruire ce colosse ambulant sur lequel tout le monde s’est déjà cassé les dents, ramasse un peu de terre et bâtis ton propre édifice dans ton coin.
Invente. Crée. Propose autre chose.
Même si ça ne ressemble au début qu’à un château de sable, c’est la meilleure manière de t’attaquer à cet adversaire.
Sois ambitieux.
Essaie de faire que ton propre système soit meilleur que le Système en place.
Automatiquement le système ancien sera dépassé.
C’est parce que personne ne propose autre chose d’intéressant que le Système écrase les gens.
De nos jours, il y a d’un côté les forces de l’immobilisme qui veulent la continuité, et de l’autre, les forces de la réaction qui, par nostalgie du passé, te proposent de lutter contre l’immobilisme en revenant à des systèmes archaïques.
Méfie-toi de ces deux impasses.
Il existe forcément une troisième voie qui consiste à aller de l’avant.
Invente-la.
Ne t’attaque pas au Système, démode-le !
Allez, construis vite.
Appelle ton symbole et introduis-le dans ton château de sable.
Mets-y tout ce que tu es : tes couleurs, tes musiques, les images de tes rêves.
Regarde.
Non seulement le Système commence à se lézarder.
Mais c’est lui qui vient examiner ton travail.
Le Système t’encourage à continuer.
C’est ça qui est incroyable.
Le Système n’est pas « méchant », il est dépassé.
Le Système est conscient de sa propre vétusté.
Et il attendait depuis longtemps que quelqu’un comme toi ait le courage de proposer autre chose.
Les enchaînés commencent à discuter entre eux.
Ils se disent qu’ils peuvent faire de même.
Soutiens-les.
Plus il y aura de créations originales, plus le Système ancien devra renoncer à ses prérogatives. »

~Bernard Werber~

Clément Artois

18 Commentaires

  1. Quelques solutions concrètes:
    L’autonomie, vivre avec sobriété (ne pas nourrir le système)
    Placer son argent dans une banque éthique (en France la NEF) (Nourrir l’écologie, le sociale, le culturel plutôt que le système)
    Le partage, l’économie du partage, à toutes les échelles.
    Créer le monde dans lequel on veut vivre: Projets, entreprises sociales, art, permaculture, changer des bouts de systèmes, à son échelle
    S’inspirer de ceux qui le font, inspirer en le faisant ceux qui ne le font pas

    L’entreprise sociale: le profit est reversé à la communauté, à la mission. Elle agit pour le bien de la communauté, naturellement elle grossit, elle dépasse l’entreprise capitaliste, au point de pouvoir la racheter…. changement de système.

    Se changer soi même? Voyager par le monde, voyager en soi (méditation): pour ouvrir son champ de conscience, trouver une paix intérieur, s’inspirer.

    Et là maintenant tout de suite?
    Le courage, le courage de laisser tomber l’ancien système, de placer une première pierre, puis le courage de placer une deuxième, la volonté de continuer pierre après pierre, ainsi on peut bâtir une cathédrale.

    • a partir du moment ou tu cherche a racheter le système tu rentre a nouveau dans le système, il faut rendre obsolète le sens même du mot racheter la liberté est a ce prix qu’il faille non pas la racheter mais faire en sorte qu’elle soit la seule issue possible.

    • Commencer par refuser les cookies serait déjà bien…
      Avez-vous déjà essayé de vivre sans électricité, sans eau au robinet, sans gaz et j’en passe. L’autonomie, l’autarcie font désormais partie du rêve.
      À moins d’une catastrophe obligeant les populations à modifier leur façon de vivre penser que cela est possible est de l’utopie.

  2. très juste et vrai sur la première partie, mais je doute que le système soit si bienveillant avec ceux qui tentent de le faire évoluer, il écrase tout ce qui le menace en tant que tel et n’aspire qu’à perdurer

  3. Soyons notre propre Messie, c’est cela? Abandonnons nos croyances et nos appartenances….et redevenons vierge et libre pour que nos propres pensées libérées de toute œillère politico-religieuse grandissent enfin pour œuvrer dans un seul but…le bien être de l’humanité, qui passe bien-sur par le respect de toute forme de vie.

    • tout a fait ce que nous criait Jiddu Krishnamurti au travers de ses livres, qui ont été fort incompris en leur temps et je pense encore maintenant, tout abandonner et tout réapprendre par soi-même n’est chose aisée et processus fort long mais essentiel si on veut programmer le déclin du système afin d’établir les bases solides d’une véritable humanité.

  4. Merci pour cet article qui nous fait nous interroger. Bernard Werber propose ici de démoder le système au lieu de le combattre. Cependant je m’interroge lorsqu’il nous dit de bâtir notre propre édifice dans notre coin et d’encourager chacune des personnes à faire de même.

    Il me semble pourtant que l’individualisme est une des composantes du système. Si les gens ne s’étaient pas alliés pour le faire changer, en restant dans leur coin, chacun à inventer un nouveau modèle, comment les avancées auraient elles pu avoir lieu dans l’histoire de l’humanité ?

    Par ailleurs, le système ne laisse que peu de place aux personnes voulant le démoder. Il n’y a pas besoin de vouloir faire la révolution pour que le système renforce le collier autour de nos cous. De même qu’il est illusoire de croire que le système laissera les gens agir chacun de leur côté si nous le voulions. Il nous épuise par le travail, il nous vole notre force vitale et surtout, il tente de nous isoler pour justement que rien ne change.

    Werber précise que le système n’est pas « méchant » mais dépassé. J’ai envie d’ajouter : à qui profite le système, qui en sont les victimes ? Il n’est pas méchant mais pourtant il a une influence réelle sur nos vies (pauvreté, moins de liberté, modèle uniforme, impossible de se réinventer), sur la planète (écologie, condition des animaux), avec certains privilégiés qui aimeraient que rien ne bougent. Et qui seraient d’ailleurs les premiers à encourager le discours de Werber. Discours inoffensif pour le système.

    • Il incite à être indépendant du système,
      ce genre de discours n’incite pas à être individualiste, deux points:
      – Si ce livre inspire un certain nombre de gens à s’émanciper du système, ce nombre ne sera pas inoffensif. Ex: arrêter de fumer, manger ce qu’il nous suffit pour nos apports nutritifs (bien réduire/arreter la viande par exemple), etc… Et cela peut inspirer son entourage (viandard, fumeurs…)
      – Surtout, je pense qu’il incite à être « autodidacte » pour changer le système, pas individualiste… Être autodidacte ne pousse pas à travailler seul

  5. merci MR WERBER de soutenir ma fantaisie , ma lucidité ,mon originalité…….oui,je fais ma (r)évolution…………………

  6. Je pense que vous faites une erreur monumentale, en citant en premier les professeurs, sans eux, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui, je leurs doit tout. Oublier ce qu’il font pour nous et qu’il feront encore par leur engagement indéfectible pour nous éduquer et nous rendre moins ignorant est dommage. Ils tiennent l’avenir des nouvelles générations, c’est par eux que le monde peut changer de paradigme.

    • je pense qu’il ne faut confondre guide et professeur, le professeur donne des leçons incite a un savoir sans laisser de place au doute, le guide montre sa vision des choses et te donne les clefs menant a cet espace ensuite il est du choix de chacun de trouver sa leçon a tirer du propos. j’utilise ici le sens premier du mot guide et non les sens détournés que lui a donné le système.

  7. Bernard est pour le Nouvel Ordre Mondial.
    Lors de voeux de Nouvel An pour 2005, il a souhaité un ONU état mondial pour imposer un contrôle des naissances.
    Allez voir le premier commandement de la pierre de Guidestone.

  8. Je me sens humble et futile après lecture des commentaires précédents, je ne possèdes pas ce talent d’écriture, mais j’ose quand même m’exprimer.
    Dans la liste du « système social » je ne vois pas apparaitre « de tes parents ». Au delà de tous les autres intervenants, ce sont avec eux que l’on a partagé notre quotidien, qui ont essayé de nous inculquer leurs « valeurs »: on y croit, on se rebelle, on se révolte, on essaye de se faire sa propre opinion, philosophie de la vie, moins facile lorsqu’on est issu d’un milieu social dit « défavorisé », t’as pas les mêmes armes pour te battre, mais tu le fais comme une fourmi. Tu resteras ombre et poussière, tu aideras tes parents à mourir, que donneras tu, que diras tu à tes enfants avant que vienne ton heure?, Comme inscrit sur les cadrans solaires « toutes blessent, la dernière tue ».
    La trilogie des « fourmis » m’a emmené dans un voyage extraordinaire, les « thanatonautes » et autres ne me sauveront pas de ma fin proche, vous mes enfants je vous ai aimé. Je crois encore en l’humanité.

  9. Bonjour Mr Werber , je vous invite à parcourir l’étude de fonds que j’ai publiée sur ma page Facebook « pierre pujol margary »
    « civilisation en péril à cause de l’utilisation exclusive de la logique, au détriment de la sensation  » . Il répond à votre question sur la cause du malaise général de notre société . J’ai fait cet article pour expliquer comment notre raisonnement récent articulé par la logique nous a amené dans une impasse qui met en péril la nature .
    j’ai repris ces explications dans mon over-blog que j’ai nommé protosofia , blog tout récent qui traite essentiellement de l’origine du sens et du langage.
    Vous êtes un homme brillant Mr Werber, et animé comme moi par une flamme intérieure ; je pense que vous saurez aller en deçà de la forme de mes écrits pour comprendre que mes explications limitées sur la redécouverte de la Sofia cachent une base analytique solide et de nombreuses autres explications et commentaires plus profonds à publier .
    Cet article sur les raisons de l’échec programmé de notre système économique et sociétal à cause de notre paradigme actuel prépare mes explications sur la genèse du sens et l’émergence du premier raisonnement qui lui aussi a mené par la complexification les sociétés dans une première impasse .
    mais tout n’est pas jeter , comme le bébé avec l’eau du bain, parce que c’est par le raisonnement ancien et premier que s’explique la naissance du sens et de la langue originelle qui a fait notre succès en tant qu’espèce
    J’ai fait la même réflexion que vous Mr Werber; le système est entré dans une impasse et il est aujourd’hui aussi fragile que les anciens pare brise à verre « sécurit. »
    je me suis donc orienté vers la recherche de la cause des causes , à l’aune et à rebours de la complexification croissante des systèmes, pour mettre en évidence les paramètres qui génèrent les effets si détestables aujourd’hui constatés.
    j’aurai plaisir à vous éclairer , d’intelligence à intelligence , et grâce un sens particulier que nous partageons, celui de la recherche de la vérité , de son émergence, de son cadre et de ses limites. J’habite Toulouse . Cordialement

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